Tout le monde, dans les rédactions de Roularta, se souvient de vous, de votre dégaine british, décontractée, de vos mains dans les poches, les manches de chemise retroussées, de vos éditos engagés (surtout contre le gouvernement Di Rupo), de vos convictions sur les bienfaits du capitalisme dérégulé, sur la fin de l'Euro (faute de réformes qui ont finalement eu lieu) ou sur la force du changement (qui bénéficie à ceux qui se mouillent), et surtout de votre incroyable culture économique (que vous partagiez dans vos éditos en distillant des citations judicieuses même si orientées).

Brillant journaliste, vous êtes devenu, presque du jour au lendemain, habille ministre des Finances. Démarrer une carrière politique en s'asseyant sur ce prestigieux et brûlant fauteuil gouvernemental, à la tête de l'administration la plus pléthorique du pays, quel coup de maître ! Vous avez relevé le défi remarquablement, avec des compétences reconnues par vos pairs européens (vous avez été pressenti pour présider l'Eurogroupe), avec même la volonté, apparemment réelle, de lutter contre la fraude en engageant une enquêtrice de choc de l'ISI (Inspection spéciale des impôts) comme chef de cabinet spécial.

Sur l'immigration et les migrants, vous vous êtes toujours peu exprimé, que ce soit en tant qu'éditorialiste jadis - sauf pour approuver, à l'occasion, les mesures de Maggie De Block alors secrétaire d'Etat à l'Asile - ou en tant que ministre fédéral depuis quatre ans - sauf pour commander à la Banque nationale, avec votre collègue de parti et de gouvernement Theo Francken, une étude sur le coût économique de la migration dont on attend toujours les résultats. Le site d'information flamand Apache vous a tout de même surpris, en mars dernier, posant sur une photo avec Kris Roman, cet ex-Vlaams-Blok connu, entre autres, pour ses prises de position très anti-immigration. Pas glorieux, mais il semble que ce soit votre seule vraie épine dans le pied en la matière.

Partager

"Cher Johan (Van Overtveldt), pourquoi ne prenez-vous pas des distances nettes et fermes avec la radicalisation de la N-VA?

Vous êtes un nationaliste déterminé mais plutôt paisible, en règle générale. Pas du genre pyromane, pas comme votre collègue Francken qui n'a cessé, depuis quatre ans, de craquer les allumettes suédoises. Vos tweets à vous sont informatifs et renvoient souvent à des articles de presse sur vos activités de grand argentier. Même lorsque vous êtes sous le feu des critiques, vous versez rarement dans la polémique, ou alors juste pour tacler gentiment John Crombez (SP.A) avec les chiffres de votre "taxshift" favorable aux plus petits salaires. Bref, vous êtes un démocrate convaincu, sans jamais le moindre excès verbal qu'on pourrait attribuer au Vlaams Belang. Alors, qu'est-ce qui vous retient ?

Pourquoi ne prenez-vous pas des distances nettes et fermes avec la radicalisation de la N-VA que tous les éditorialistes de la presse flamande ont condamnée ce mercredi matin, après l'utilisation la veille par votre parti d'images xénophobes, stigmatisantes et de slogans mensongers pour nourrir sa campagne contre le pacte migratoire de l'ONU ? N'auriez-vous pas publié la même opinion blâmant la N-VA, lorsque vous étiez à la tête de Knack et que vous défendiez un journalisme honnête et critique ? On a bien compris le calcul de votre actuel président Bart De Wever qui, les yeux toujours rivés sur les résultats des élections communales, court après l'électorat du Belang en vue du scrutin de mai 2019. Mais cela n'excuse pas tout, certainement pas le dérapage calculé des vôtres aux relents racistes de mardi. Une frontière a été franchie. Cela doit vous interpeller. Ne pas réagir, c'est cautionner. Ce ne serait pas digne de votre intelligence ni de vos idéaux libéraux.