La smartfood, qu'est-ce que c'est ? Il s'agit d'aliments conçus pour s'adapter à nos modes de vie ultradigitalisés. L'entreprise japonaise Koike-ya lance, par exemple, une gamme de chips "à boire", qui permet de s'empiffrer sans graisser l'écran de son smartphone. Plus ambitieux et proches de nous, de nombreuses start-ups européennes comme Feed., Smeal ou Vitaline ont investi le créneau du menu tout-liquide. À l'origine destiné aux sportifs, le principe de la poudre à diluer séduit désormais les employés overbookés. La promesse : leur faire avaler rapidement l'équivalent d'un repas sain et pas cher (3 ou 4 euros environ), sans avoir à décoller de leur bureau.
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La smartfood, qu'est-ce que c'est ? Il s'agit d'aliments conçus pour s'adapter à nos modes de vie ultradigitalisés. L'entreprise japonaise Koike-ya lance, par exemple, une gamme de chips "à boire", qui permet de s'empiffrer sans graisser l'écran de son smartphone. Plus ambitieux et proches de nous, de nombreuses start-ups européennes comme Feed., Smeal ou Vitaline ont investi le créneau du menu tout-liquide. À l'origine destiné aux sportifs, le principe de la poudre à diluer séduit désormais les employés overbookés. La promesse : leur faire avaler rapidement l'équivalent d'un repas sain et pas cher (3 ou 4 euros environ), sans avoir à décoller de leur bureau.Le repas à boire peut être salé ou sucré, goût chocolat ou tomate-basilic, à mélanger avec de l'eau à température ambiante. Il se revendique "parfait" sur le plan nutritionnel et promet de répondre à tous les besoins pour environ 600 calories par bouteille, l'équivalent d'un entrée-plat-dessert. Cependant les nutritionnistes ne croient pas beaucoup en l'avenir de cette pratique. Pour Bruno Chabanas, interne de médecine en santé publique et ingénieur agroalimentaire auteur du blog Nutrition vs Placebo, "la somme des nutriments ne fait pas l'aliment". Outre le fait de contenir trop de sucres et pas assez de fibres, la composition de ces produits ultra-transformés se base sur une vision "mathématique" de l'alimentation, née dans les années 1980. Qualifiée de "réductionniste", celle-ci ne prend pas en compte ses aspects physiologiques, et surtout sociaux.Raphaël Godet, journaliste radio, est arrivé au même constat. Après avoir testé pendant dix jours un régime exclusivement liquide, il ne dénote aucun souci de santé et a même perdu quelques bourrelets. Cependant, il retient surtout un sentiment d'isolement et un réel manque de stimulation des sens. "J'ai eu l'impression que mon corps était un vulgaire réservoir de voiture que l'on remplit dès que le voyant d'essence s'allume". Pour Gilles Demarque, nutritionniste interrogé par le Huffington Post, un régime liquide entraine "inévitablement" des troubles du comportement alimentaire. "La notion même d'alimentation n'existe plus, tous les repères sociaux disparaissent, le plaisir du goût aussi. Dans ces conditions, parler de faim et de satiété est hors propos, car une personne qui s'alimente avec des aliments liquides n'aura plus aucun rythme alimentaire, pouvant au final manger toutes les heures".La suppression de la mastication dans ce processus est aussi pointée du doigt, accusée de provoquer à terme des problèmes digestifs. D'après une étude de l'université d'Iowa, elle permettrait également d'atteindre plus rapidement le sentiment de satiété, mais aussi de mieux intégrer les nutriments. Pourtant, la smartfood pourrait être vue comme le stade ultime de notre paresse mandibulaire. Depuis la domestication du feu et l'arrivée des couverts nous dispensant de mordre à pleines dents, la nourriture n'a cessé de ramollir -on pense par exemple au steak haché et à tout aliment industriel. Jusqu'à nous modifier physiquement. Notre mâchoire s'est raccourcie et désépaissie il y a 2 millions d'années, au point de créer en un temps record une spécificité bien humaine : le menton. Est-il donc si absurde d'imaginer un humain du futur mangeant liquide ?Juliette Chable