Cela fait maintenant 16 ans que Manfred Weber, 46 ans, membre de la CSU depuis l'âge de 16 ans, siège comme député au Parlement européen au sein du Parti Populaire Européen (PPE). Il en a gravi les échelons et est devenu en 2014 le chef du premier groupe politique de l'Assemblée dont il est aujourd'hui un des poids lourds.

A ce poste, cet homme de réseaux a pu cultiver ses relations avec une bonne partie des chefs d'Etat et de gouvernements européens, membres de cette formation, comme la chancelière allemande Angela Merkel.

- Manque de charisme -

Certains critiquent cependant le manque de charisme et d'éloquence de cet homme d'allure fragile, avec sa stature peu imposante et son crâne légèrement dégarni.

Ses détracteurs lui reprochent aussi de n'avoir jamais occupé de hautes fonctions dans son pays, alors que jusqu'ici les présidents de Commission européenne ont tous été chef de gouvernement ou ministre.

Européen convaincu, Weber, de nature plutôt souriante et à l'écoute de ses interlocuteurs, croit pourtant en ses chances et veut se battre pour une UE qui ne soit pas seulement un projet des élites et des bureaucrates.

Il sait qu'il aura fort à faire avec les populistes qui ont commencé à menacer l'unité du PPE, comme l'illustre le cas du Premier ministre hongrois Victor Orban, accusé de bafouer les valeurs de l'UE en portant atteinte notamment à l'indépendance de la justice, à la liberté d'expression ou aux droits des migrants.

En septembre, M. Weber a d'ailleurs voté en faveur d'une procédure exceptionnelle lancée par les eurodéputés pour dénoncer la menace "systémique" pesant sur les valeurs de l'UE en Hongrie. Mais il n'a pas donné de consigne de vote aux eurodéputés du PPE, qui se sont divisés sur l'adoption de cette procédure, à l'image des tiraillements internes que suscite la politique de Viktor Orban.

Et surtout, il ne veut pas pour l'instant exclure du PPE le parti de M. Orban, le Fidesz.

- Attaché à sa Bavière -

S'il travaille depuis 16 ans au parlement européen à Bruxelles et Strasbourg, il affiche son fort attachement à sa Bavière natale, une très riche région qui mélange ruralité et industrie et dont les habitants sont réputés en Allemagne pour être des plus traditionnels et conservateurs.

M. Weber a adhéré à l'âge de 16 ans à la CSU, le parti frère bavarois de la CDU de Merkel, mais il fait figure de modéré dans cette formation qui est sur une ligne plus dure que la dirigeante allemande en matière d'immigration.

Comme nombre d'habitants de Bavière - dont est aussi issu l'ancien pape Benoît XVI -, Manfred Weber affiche sa foi de catholique pratiquant. Ancien enfant de choeur, il va à la messe tous les dimanches et reste très engagé dans l'Eglise.

Même s'il travaille à Bruxelles, sa résidence principale reste à Wildenberg, un village de 1.300 habitants entre Munich et Ratisbonne, où il a grandi. Marié, il n'a pas d'enfants.

Avant de se consacrer entièrement à la politique, cet ingénieur de formation a été le cofondateur avec des associés, au tout début de sa vie professionnelle, de deux petites entreprises, l'une spécialisée dans les techniques environnementales et l'autre dans le paramédical.

Pendant ses loisirs, il fait du jogging et joue encore de la guitare après avoir été vingt ans actif dans un groupe de rock baptisé "Peanuts", qui se produisait essentiellement dans les mariages et les fêtes d'associations en Bavière.

Mais l'homme qui ambitionne de succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission maitrise mal les langues étrangère. Contrairement au Luxembourgeois, capable de passer aisément du français à l'allemand puis à l'anglais - sans oublier le luxembourgeois -, Manfred Weber s'exprime seulement en allemand et en anglais. Cela pourrait s'avérer un handicap, même s'il se plaît à souligner qu'il parle aussi... le bavarois.