La crise franco-italienne la plus grave "depuis 1940"

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La crise entre Rome et Paris, "la plus grave depuis la déclaration de guerre en 1940", est "sans précédent" depuis cette période, commente vendredi la presse italienne, au lendemain du rappel de l'ambassadeur de France à Rome.

Le palais Farnèse, l'ambassade de France à Rome © Afp

"A partir d'aujourd'hui, les Alpes sont plus hautes. Le rappel pour consultations de l'ambassadeur de France à Rome, Christian Masset, est le signe d'une crise sans précédent dans les rapports italo-français", écrit vendredi dans le quotidien La Repubblica Lucio Caracciolo, directeur de la revue de géopolitique Limes.

La France a rappelé son ambassadeur en Italie jeudi après une série de déclarations "outrancières" de responsables italiens.

La rencontre mardi en France du vice-Premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) avec des "gilets jaunes" a été la goutte qui a fait déborder le vase, considérée à Paris comme "une provocation supplémentaire et inacceptable".

"Et à la vengeance gauloise servie comme plat qui se mange froid nous ne pourrons pas opposer grand chose, car nous sommes, entre autres, plus isolés que jamais dans le cadre euroatlantique", estime M. Caracciolo.

"On peut dire que l'escalade (...) qui a entraîné hier le rappel de l'ambassadeur français Christian Masset à Paris et l'ouverture de la plus grave crise diplomatique entre la France et l'Italie depuis la déclaration de guerre en 1940 était d'une certaine manière escomptée, vu l'insistance de l'approche du M5S envers les gilets jaunes", écrit pour sa part l'éditorialiste du quotidien La Stampa.

"En une seule semaine nous avons ouvert une crise diplomatique avec la France et détruit la solidarité atlantique sur le Venezuela. Que se passe-t-il? Où va l'Italie? La vérité est que l'on ne sait pas. Tout arrive pratiquement par hasard, sans qu'il soit possible d'y voir une stratégie", estime l'éditorialiste du Corriere della Sera.

"L'économie va mal, les enfants ne naissent plus, nous nous disputons avec les voisins mais la politique navigue à vue", poursuit le journal.

"Il est surtout vrai que l'Italie a beaucoup plus à perdre dans cette confrontation en se mettant dans une position d'isolement orgueilleux à un moment où les relations entre Paris et Berlin deviennent de plus en plus étroites", renchérit un autre journaliste sur les pages du Corriere.

"La récréation est finie", selon Paris

Le rappel de l'ambassadeur de France en Italie vise à siffler la fin de "la récréation" après une "ingérence malvenue" de responsables italiens, a affirmé vendredi la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau.

"Il ne s'agit pas de dramatisation, il s'agit de dire la récréation, c'est fini", a dit la ministre sur Radio Classique.

"Un membre d'un gouvernement étranger qui vient en France soutenir même pas un leader politique mais quelqu'un qui a appelé à la guerre civile, quelqu'un qui a appelé au renversement du président et à un gouvernement militaire, ça n'est jamais arrivé", a-t-elle souligné.

Pour elle, il s'agit d'"une ingérence malvenue, d'un geste inamical de gens qui sont censés être des gouvernants, dont la priorité doit être les intérêts des Italiens".

Une rencontre mardi en France du vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), avec des "gilets jaunes", mobilisés depuis plusieurs semaines contre le président Emmanuel Macron, dont un de leurs délégués Christophe Chalençon, a été pour Paris la "provocation" de trop dans des relations déjà très tendues ces derniers mois.

Interrogée sur la part de responsabilité de Paris et Rome dans la crise en cours, Mme Loiseau a rétorqué : "Nous, nous avons nommé les choses. Malheureusement ce qui se passe en ce moment nous donne raison".

"Quand nous avons dit que les nationalismes en Europe, sans citer particulièrement un pays ou un autre, c'était une agrégation d'intérêts catégoriels nationaux qui ne créaient jamais de solution mais qui envenimaient les problèmes, je constate qu'Emmanuel Macron avait raison de le dénoncer", a-t-elle estimé.