Le philosophe Michel Onfray nous invite, dans son dernier opus ("Sagesse, savoir vivre au pied du volcan", Albin Michel) à nous inspirer du pragmatisme des Romains et leur manière de se tenir debout face à une civilisation qui s'effondre ainsi qu'à éviter les théories empruntes de cataclysme.

Le réchauffement climatique est un des enjeux de ce siècle. Il fait partie du top 5 des préoccupations des Européens. Mais autant il n'est pas le seul défi qu'affrontent nos sociétés dites libérales, autant les solutions réalistes tardent à émerger de toute cette agitation.

L'atmosphère en Belgique sur le front climatique relève d'une forme de panurgisme politique. A tel point qu'aucun homme politique francophone n'ose s'en affranchir. Irrésistible jeunesse...

Au nord du pays, le débat continue. Face aux propositions d'universitaires de voter au plus vite une loi Climat, l'Open-VLD a souligné qu'il entendait davantage miser sur l'innovation et les nouvelles technologies, moins sur les structures étatiques. La N-VA défend aujourd'hui le maintien d'au moins deux centrales nucléaires jusque 2035. A Ter Zake (VRT), Bart De Wever a dit croire en les possibilités de nouvelles générations de réacteurs sans déchets. En Flandre, seuls le sp-a et Groen, au fond, défendent la proposition climatique des académiciens suscités.

Rappelons qu'Emmanuel Macron a postposé à 2035 au lieu de 2025 la réduction de moitié du parc nucléaire français, joyau technologique de l'Hexagone...

Face à ce conformisme, rappelons quelques évidences :

  • Les fourchettes prévisionnelles des rapports scientifiques du GIEC demeurent tout de même au conditionnel, notamment sur la montée des eaux (entre 50 cm et 6 m).
  • Le nucléaire civil, contrairement aux centrales au gaz qui devraient le remplacer en Belgique, ne dégage pas de CO2. Le passage du nucléaire au charbon, comme en Allemagne, ne semble pas une solution idéale.
  • Face aux principaux pollueurs dont certains sont sortis de la COP (Chine, Etats-Unis, Russie, Inde, Brésil, Japon, Indonésie, Iran), l'Union européenne pèse peu, la Belgique encore moins (moins d'un demi-pourcent des émissions planétaires de CO2). Il est donc vain de s'exciter à l'intérieur du seul confetti bruxello-wallon.
  • La thérapie est parfois pire que la maladie. Les voitures électriques par exemple ne sont pas 100% vertes et leurs batteries encore moins. Les panneaux photovoltaïques sont fabriqués dans des usines.
  • L'innovation (dont le profit est la récompense pour l'investisseur à risque) serait stoppée si on évolue vers des théories comme la décroissance. Un capitalisme canalisé s'inscrivant dans une économie circulaire (déchets à minima, industrie propre mais prospère) est plus susceptible de respecter l'environnement qu'un changement radical vers une économie dirigiste ou une écologie essentiellement punitive qui dégoûte les citoyens.
  • L'écologie est une préoccupation de gens aisés dont les besoins primaires (alimentation, logement, sécurité) sont rencontrés. On l'a vu avec les gilets jaunes mais c'est encore plus vrai dans les pays en voie de développement. L'action récente visant à boycotter les supermarchés et leurs déchets ne peut que booster les bénéfices d'Amazon tout autant énergivores. Comme l'a souligné Daniel Cohn-Bendit, toute taxe carbone frappant la classe moyenne doit être compensée.

Donc, oui au combat contre le Réchauffement climatique mais gardons la tête froide (sans jeu de mot) et restons ouverts à toutes les solutions.