Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer se sont fréquentés à la prison de Salon-de-Provence entre septembre 2009 et décembre 2010. Selon l'acte d'accusation, ils ont été détenus dans le même bâtiment et ont eu l'occasion de se côtoyer quotidiennement durant cette période.

Mehdi Nemmouche y a aussi connu Mounir Attallah, un ami d'enfance de Nacer Bendrer. Celui-ci avait également été inculpé dans le dossier de l'attentat au Musée juif de Belgique mais a fait l'objet d'un non-lieu en cours de procédure. Il sera entendu comme témoin durant le procès.

D'après l'enquête, un rapport de novembre 2010, établi par le directeur de la prison de Salon-de-Provence, a fait état de ce que Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, ainsi qu'une dizaine d'autres détenus, avaient créé un "véritable pôle prosélyte" au sein de l'établissement pénitentiaire. Raison pour laquelle, un mois plus tard, Mehdi Nemmouche avait été transféré dans une autre prison, à Avignon.

Selon le directeur, qui sera entendu comme témoin durant le procès, ces détenus radicalisés exerçaient une forte pression sur les autres pour qu'ils respectent leur vision de l'islam. Ils les forçaient à ne pas manger de porc, à faire la prière et à ne pas écouter de musique. Il a précisé que Nacer Bendrer semblait être sous la coupe de Mehdi Nemmouche, le décrivant comme "un voyou classique qui était aussi un islamiste".

Par ailleurs, une source interne de la prison a rapporté à la direction que certains de ces détenus prosélytes avaient pour but de faire entrer du produit explosif pour démontrer qu'ils pouvaient frapper au sein d'un lieu sécurisé de l'Etat français.

Le directeur de la prison de Salon-de-Provence a relaté que, juste avant son transfèrement vers Avignon, Mehdi Nemmouche lui a déclaré: "vous, les suppôts de votre République, vous devriez me supprimer physiquement car dès que j'en aurai l'occasion, je n'aurai de cesse d'éliminer le plus de personnes". Il a ajouté, selon ce témoin, que s'il en avait l'occasion, il tuerait "un maximum d'impies, d'infidèles, d'apostats", qu'il rejoindrait le djihad et qu'il mourrait en martyr dans des attentats.

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteurs ou co-auteurs de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles. L'attentat avait coûté la vie à quatre personnes.

Nacer Bendrer a finalement reconnu que Mehdi Nemmouche lui avait demandé une arme

C'est lors de son troisième interrogatoire en Belgique, le 13 mars 2015, que Nacer Bendrer a finalement reconnu que Mehdi Nemmouche lui avait demandé de lui trouver une arme type kalachnikov, ont rappelé les procureurs fédéraux, vendredi, au travers de la lecture de leur acte d'accusation, lors du procès aux assises de l'attentat au Musée juif de Belgique. L'audience a été levée pour une première pause à 10h40.

Nacer Bendrer a reconnu, lors de son interrogatoire par la juge d'instruction le 13 mars 2015, qu'il avait vu Mehdi Nemmouche à Bruxelles les 10 et 11 avril 2014, après avoir pris le train depuis Marseille. Il a expliqué qu'il devait y venir pour "voir une voiture" et qu'il avait accepté d'y retrouver son ancien compagnon de cellule à la demande de ce dernier. Il a également reconnu que c'est lors de cette rencontre que Mehdi Nemmouche lui a dit qu'il voulait une arme, et plus spécifiquement une kalachnikov. Une dizaine de jours plus tard, ce dernier l'a recontacté, lui disant qu'il se trouvait devant chez lui à Marseille, selon sa version. Nacer Bendrer lui aurait alors dit qu'il n'avait pas l'arme qu'il cherchait. Il a indiqué aux enquêteurs qu'il n'avait ensuite plus eu de nouvelles de Mehdi Nemmouche. Il a également expliqué que, s'il n'était pas venu à Bruxelles avec son GSM, c'était simplement parce qu'il n'en avait pas besoin. Nacer Bendrer a ajouté qu'il ne savait ni pourquoi Mehdi Nemmouche voulait une arme ni pourquoi ce dernier était revenu à Marseille le 30 mai 2014, quelques jours après la fusillade au Musée juif. Quant à Mounir Attallah, il avait également fini par admettre, devant la juge d'instruction le 1er juillet 2015, que Mehdi Nemmouche l'avait bien contacté en avril 2014 pour obtenir le numéro de téléphone de Nacer Bendrer. Les trois hommes s'étaient connus en prison, à Salon-de-Provence, entre 2009 et 2010. Mounir Attallah avait précisé qu'il ne savait pas pour quelle raison Mehdi Nemmouche souhaitait contacter Nacer Bendrer. A l'issue de cet interrogatoire, Mounir Attallah avait été inculpé lui aussi de complicité d'assassinats dans un contexte terroriste et placé sous mandat d'arrêt. Il a finalement fait l'objet d'un non-lieu et n'a pas été renvoyé devant la cour d'assises.

Le soufflé médiatique est (provisoirement) retombé au palais de justice

L'attention médiatique avait drastiquement baissé, vendredi matin, au palais de justice de Bruxelles, pour le deuxième jour du procès de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer pour l'attentat au Musée juif de Belgique devant la cour d'assises de Bruxelles. Nul doute que la meute médiatique, et son ballet de perches, seront de retour mardi pour le début de l'interrogatoire des accusés. Le contraste par rapport à la veille était saisissant vendredi matin au palais de justice et à proximité de l'entrée de la cour d'assises. Dans les travées de l'édifice, où les policiers étaient plus nombreux que les journalistes, seules une poignée de caméras de chaînes belges francophones étaient visibles. La presse internationale, et notamment française, brillait elle par son absence. Les avocats, assaillis par une horde de représentants des médias jeudi matin pour le début du procès, s'amusaient d'ailleurs de la quasi indifférence dans laquelle ils empruntaient le couloir menant à la cour d'assises. L'ambiance est tout aussi feutrée dans la salle relais d'où les journalistes sont invités à suivre les débats. Seule une dizaine d'entre eux étaient présents pour le début de l'audience, à 9h15. Le cour poursuit ce vendredi la lecture de l'acte d'accusation. Une centaine de pages, sur les 180 que compte le document, doivent encore être parcourues par les procureurs fédéraux.