Tombera, tombera pas ? Le gouvernement Michel reste suspendu à un fil ténu, ce mercredi après-midi. Le débat au sujet d'une résolution déposée par trois partis de la majorité (MR, CD&V et Open VLD) pour défendre le Pacte des migrations de l'ONU, en y ajoutant une note interprétative rédigée avec d'autres pays, tourne au cirque en commission des relations extérieures de la Chambre. On y a surtout débattu, en premier lieu, d'une question de procédure importante, prévisible, mais qui a de quoi faire hurler à l'heure où les enjeux fondamentaux et urgents se multiplient dans nos démocraties : le Premier ministre, Charles Michel, pourra-t-il se rendre à Marrakech au nom de la Belgique s'il ne dispose "que" d'un vote du parlement et du soutien d'une partie de sa majorité ?

A vrai dire, la question est légitime et... le Premier ministre sait qu'il déroge au prescrit légal. Les affaires extérieures constituent une prérogative du pouvoir exécutif, donc du gouvernement. Or, la Suédoise ne parvient pas à s'entendre sur le sujet. En renvoyant la patate chaude au parlement, Charles Michel effectue une pirouette discutable - c'est ce que le constitutionnaliste Christian Behrendt rappelait lundi encore dans une interview à La Libre. En vertu de notre système, le locataire du Seize devrait acter le désaccord et prôner l'abstention de la Belgique. Si Michel refuse - ce que l'on comprend -d'avaler la promesse faite publiquement en septembre, à la tribune de l'ONU, d'approuver le Pacte, alors le gouvernement n'est plus en état de fonctionner. Point à la ligne. Sauf à inventer une procédure nouvelle du type 'interruption provisoire de gouverner".

A cet égard, le cynisme des nationalistes et extrémistes flamands est sans limites. La N-VA s'oppose frontalement à un engagement pris par le Premier ministre, mais annonce dans le même temps qu'elle "reste au gouvernement". Avec l'espoir de renvoyer la responsabilité de la crise au Seize. Personne n'est dupe. De même, la N-VA, en choeur avec le Vlaams Belang, s'appuie sur la Constitution belge, qu'elle ne cesse de critiquer par ailleurs, pour défendre ses positions proches de la droite radicale européenne. Il s'agit d'un jeu de dupes. Le parti de Bart De Wever, explique Olivier Maingain (DéFi), a décidé de prendre les institutions en otage. On ne peut lui donner tort.

La position belge sur le pacte des migrations méritait-elle un tel débat de fond ? Sans aucun doute, mais il y a eu deux ans pour le faire dans le calme et la sérénité. Méritait-elle un tel psychodrame politique ? Non. Ce texte est surtout devenu un symbole, qui fait l'objet d'un jeu de positionnement en vue des prochaines élections, dans un contexte européen ultra-polarisé. Justifiait-elle une campagne peu ragoûtante comme la N-VA l'a lancée mardi avant de la retirer ? Certainement pas. Avec ces visuels empruntés à l'extrême droite allemande, les masques sont tombés.

"Avec la N-VA au sein de ce gouvernement, la Belgique ne pourra pas approuver ce Pacte ni à Marrakech, ni à New York" a indiqué, mercredi après-midi, Peter De Roover, chef de groupe nationaliste. C'est clair. Si une majorité parlementaire alternative est prête à soutenir ce texte et que le parti du Premier ministre est prêt à s'appuyer sur celle-ci, il s'agit d'en tirer les conclusions qui s'imposent : la Suédoise a vécu et la N-VA ne peut plus faire partie du gouvernement fédéral. Charles Michel doit avoir le courage politique de défendre son opinion. Il ne doit pas céder et mettre fin à cette prise d'otage. Et tant pis si, en remettant son poste en jeu, la tête haute, il ne peut pas aller à Marrakech. Le respect de la Constitution, alors, ira de pair avec celui de nos droits fondamentaux.