On croyait Sisyphe grec. Erreur. Il est Libanais et s'échine à hisser son rocher sur le rivage des Syrtes, sept ans après le brutal naufrage du régime du défunt Guide Muammar Kadhafi. Nommé en juin 2017 à la tête de la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul), Ghassan Salamé navigue entre Tunis, Tripoli, Benghazi, Misrata, Zentan, Sebha et Le Caire. Rien de tel, pour mesurer l'effroyable complexité de l'imbroglio libyen, que de se glisser une semaine durant dans le sillage de ce médiateur opiniâtre mais sans illusions, pris en étau entre les desseins tortueux des acteurs de l'échiquier local, fous et cavaliers compris, et les navrantes pesanteurs de la machinerie onusienne. Trois gouvernements - dont celui de Fayez al- Sarraj, dit d'union nationale, et celui inféodé au " maréchal " Khalifa Haftar, maître du Grand Est -, deux parlements, un pays fracturé, miné par la violence et livré à l'arbitraire d'une myriade de milices rivales : il faut, pour surnager dans ce marigot, palabrer sans relâche, plaider sans désemparer, feindre au besoin l'intérêt, hausser le ton ici, adoucir le verbe là, surjouer l'enjouement et, parfois, rire à des blagues sinistres. Le tout en arabe dans le texte, atout indéniable.
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