Après un an de mandat, le président des Etats-Unis, bien qu'il ait assuré qu'il avait un bouton atomique "plus gros" que le président nord-coréen Kim Yong-Un, n'a toujours pas poussé dessus. Un an après, toujours pas de troisième guerre mondiale non plus. Au contraire, l'Etat islamique est géographiquement éradiqué avec le concours des Etats-Unis et Washington développe un axe Israël/Ryad/sunnites pour contrer l'arc chiite Iran-Irak-Hezbollah facilité par la politique accommodante de Barack Obama envers les mollahs iraniens.

Sur le front économique, comme Trump a pu s'en gargariser récemment au sommet de Davos et lors de son discours sur l'Etat de l'Union le 31 janvier, le chômage est au plus bas depuis 17 ans autour de 4,1% (plein emploi pour les Blancs à 3,5% et 6,8% pour les Afro-Américains - plancher historique depuis 1970 pour la communauté noire qui ne s'est jamais totalement remise de générations d'esclavage, empêchée notamment d'accumuler du capital). La croissance économique dépasse les 3% et Wall Street s'est regonflée comme jamais alors que le prix Nobel d'économie et éditorialiste au New-York Times, Paul Krugman, avait prédit que "si Trump est élu, l'économie américaine va s'écrouler et les marchés financiers ne vont jamais s'en remettre".

Relocalisations

La politique de relocalisation porte peu à peu ses fruits : Apple, puis Pfizer, ont décidé de rapatrier respectivement environ 250 et 200 milliards de dollars aux Etats-Unis en échange d'une sorte d'amnistie fiscale consistant à taxer faiblement les retours de capitaux. Le président veut rapatrier en réalité entre 2 000 et 4 000 milliards de dollars de profits placés à l'étranger, en diminuant la taxe sur ces profits de 35 à 15 %. Des usines préalablement planifiées sur sol mexicain le seront sur sol US, possiblement dans le Midwest sinistré, etc.

L'impôt sur le bénéfice des entreprises a été abaissé de 35 à 21%, provoquant en décembre 2017 une avalanche de primes de fins d'année pour le petit personnel, entre 500 et 1.500 dollars, dans un grand nombre d'entreprises ayant pignon sur rue (AT&T, Comcast, Wells Fargo, Boeing, Nexus Services, les GAFA...). En 2017, Trump a supprimé la moitié des pages (soit 45 000) que contient le Code des réglementations (notre Moniteur belge ne cesse de gonfler en comparaison). Il s'est promis de supprimer 2 réglementions au moins pour chaque réglementation nouvelle (mais 75% au total doivent être supprimées).

Rompant avec le libre-échangisme traditionnellement étatsunien (l'OMC et la Banque mondiale sont des créations américaines), le président des Etats-Unis a décidé de taxer à 20% certaines importations ou achats par des sociétés américaines via leurs filiales étrangères. Il va probablement jouer sur les deux tableaux : protectionnisme économique mais poursuite des exportations US tous azimuts profitant de sa position de première puissance économique.

Sur le front de l'immigration, son moratoire à l'entrée concernant les ressortissants d'une dizaine de pays à risque de terrorisme (le très mal nommé "Muslim Ban") est passé la rampe finalement. En échange de la régularisation de 1,6 million de "dreamers" (essentiellement des enfants d'illégaux à fort potentiel d'intégration aux Etats-Unis), il pourrait obtenir des démocrates l'amendement de la green card. Les 55.000 "diversity visas" annuels ne seraient à l'avenir plus basés sur une loterie mais sur le mérite via un système à points proche du système canadien (un master, la jeunesse et la preuve d'une bonne connaissance de l'anglais seront autant d'atouts). Ce qui favorisera des immigrés à plus haut potentiel (notamment européens et asiatiques), tout bénéfices pour le pays de l'Oncle Sam.

Enfin, le "dossier russe" semble non seulement se dégonfler mais se retourner contre Hillary Clinton. Un mémo du FBI publié dernièrement indique que le FBI aurait, à la demande d'Obama, utilisé un document biaisé ("dossier Steele"), pour obtenir un mandat, en octobre 2016, afin de mettre sur écoute à 4 reprises, pour des raisons de sécurité nationale, Carter Page, conseiller de Trump pendant sa campagne présidentielle. Le dossier, préparé par l'ancien espion du MI6 Christopher Steele, qui tente de démontrer une conspiration entre Donald Trump et le gouvernement russe, a été partiellement financé par la campagne de Clinton et le Comité national démocrate. Les leviers de la démocratie américaine s'étant remis en marche, la Justice américaine se rapproche désormais de Clinton et même d'Obama s'il s'avère que l'ancien président a ordonné les écoutes.

Révolution conservatrice

Déclaré inepte, fou, raciste, caractériel, narcissique, par une "psychiatrie de tabloïds", Trump peut donc se targuer d'un bilan flatteur après seulement un an. Dans La révolution Trump (Editions Texquis), le philosophe libéral-conservateur Drieu Godefridi n'hésite pas à dire que Donald Trump a réussi en un an ce que Ronald Reagan avait mis trois ans à réaliser.

Seules grosses réserves : la chasse à l'avortement et la vision énergétique d'un président âgé de 70 ans, typique des années 80, entièrement tournée vers les hydrocarbures et catastrophique à terme pour la biodiversité de l'Alaska voire de l'Arctique mais qui assurera à moyen terme l'indépendance (et même la suprématie) énergétique des Etats-Unis. De quoi mettre un terme aux relations incestueuses avec l'Arabie saoudite ?

Restent, à mettre au débit de Donald Trump, la rhétorique enflammée et indigne ("Pays de merde"[1]), le comportement irascible (tweets compulsifs), l'ego surdimensionné et l'autosatisfaction. Des tares qui n'affectaient pas un Ronald Reagan, ancien président du syndicat des acteurs, acteur lui-même, et qui s'était rodé à gérer les "gauchistes" d'Hollywood.

Face à une opposition farouche tant aux Etats-Unis qu'en Europe, de la part des universités, experts, médias, groupes de pression de toutes sortes, nul autre n'aurait probablement tenu son cap, qu'on l'apprécie ou qu'on l'abhorre.

Les années qui viennent viendront toutefois infirmer (un repli conjoncturel est toujours possible) ou confirmer ce bilan élogieux et totalement inattendu tant on nous avait rebattu les oreilles avec les limites mentales du personnage. Il faut un certain toupet, en vérité, de la part de Trump, pour déjouer ainsi les sombres pronostics de tous ceux qui affirmaient même qu'il ne serait jamais président des Etats-Unis.

[1] Il faut remettre toutefois ceci dans le contexte : le caucus noir (élus du Congrès exclusivement afro-américains) avait demandé que la moitié de la Green Card soit dévolue à l'Afrique. Racisme anti-blanc ?