Si les fausses informations ont toujours existé, le web leur a offert un immense espace pour se développer. Leur production est devenue quasi industrielle et l'arrivée des réseaux sociaux a largement permis leur diffusion dans l'espace public. À tel point que certains estiment que les fake news ont permis à Donald Trump d'accéder à la Maison-Blanche. Dans ce sens, Buzzfeed publiait en novembre dernier une enquête selon laquelle les faux articles auraient généré davantage de trafic que les vraies informations, vérifiées et recoupées, lors des derniers mois précédant le scrutin américain.

Aujourd'hui, la plupart des fausses informations restent assez faciles à détecter, mais bon nombre se confondent aux vraies. Au risque de polluer l'espace public et d'influencer les débats d'opinion.

Durant la campagne présidentielle, un faux article selon lequel le Pape François soutenait Donald Trump est devenu viral.

Durant la campagne présidentielle, un faux article selon lequel le Pape François soutenait Donald Trump est devenu viral.

Durant la campagne présidentielle, un faux article selon lequel le Pape François soutenait Donald Trump est devenu viral. © Capture d'écran

Les nuances du faux

Il faut d'abord distinguer le mot "fake", qui ne désigne pas quelque chose d'inexact, mais plutôt une imitation, du mot "false", qui exprime une erreur, quelque chose d'incorrect. Les "fake news" sont donc des fausses informations publiées sur des sites internet prenant des allures de médias traditionnels.

Et ces médias peuvent prendre différentes formes. "Il ne faut pas confondre les sites diffusant des fausses informations avec un objectif parodique, économique ou de propagande", nous indique Muriel Hanot, secrétaire générale du Conseil de déontologie journalistique. En effet, des canaux tels que le Gorafi en France ou Nordpresse en Belgique, traitant l'information de manière volontairement humoristique, ne doivent pas être rangés dans le même panier que les "attrape-clics" et les médias politiquement orientés comme RT ou Infowars.

"Cette année, nous avons reçu de nombreuses plaintes concernant Nordpresse", nous explique Muriel Hanot."Parfois, le site diffusait des informations qu'il qualifiait de vraies. Mais son contrat général vis-à-vis de son public est que ses articles son faux, que ce sont des canulars. C'est écrit sur la page d'accueil. Le CDJ a donc jugé qu'il n'y avait pas lieu de traiter en déontologie des questions qui ne portent pas sur de l'information."

Google et Facebook s'en prennent aux "Fake News"

Les deux géants du Net américains Google et Facebook ont été les premiers à annoncer des réformes pour lutter contre les fausses informations. Leur premier fait d'armes est d'avoir banni les sites web promulguant des fake news de leurs services publicitaires. Et Mark Zuckerberg ne s'est pas arrêté là puisque les tests d'une nouvelle fonctionnalité, qui permet aux utilisateurs de signaler les publications suspectes, ont déjà lieu en Allemagne.

Les médias à l'assaut des "Fake news"

© DR

Il faut dire que le choix de commencer par ce pays ne semble pas dû au hasard. En effet, depuis plusieurs mois, de nombreuses craintes relatives à de possibles influences étrangères lors des élections fédérales de 2017 ont été émises par les autorités.

Des indicateurs pour guider les internautes

Pour Muriel Hanot, le problème est que "ceux qui font tourner les fausses informations ne lisent souvent que le titre ou les premières lignes. C'est ce qui fait que ces articles polluent rapidement l'espace public". Selon elle, une solution pour répondre à ce problème serait donc de "mettre en place des indicateurs laissant la possibilité aux internautes de savoir d'où vient l'information et de savoir si elle a été vérifiée".

Dans cette optique, le journal Le Monde mettait en ligne mercredi "décodex", un outil permettant de vérifier les informations qui circulent sur internet. Cette initiative s'inscrit dans la lignée de l'action du tabloïd Expressen qui a récemment installé deux boutons en bas de chaque article. Le premier demandant aux lecteurs de rapporter chaque erreur ou imprécision et le second permettant de se plaindre directement auprès du conseil de déontologie.

Une idée que défend ardemment Muriel Hanot, favorable à la création de ce qui pourrait être un "label déontologique" pour les médias belges qui indiquerait quels sites se soumettent aux décisions du Conseil de déontologie journalistique.

G.S