Il ne s'agit pas de la première grève qui touche Ryanair cet été qui aura été tendu d'un point de vue social. Plusieurs pays et catégories de personnel se sont en effet déjà croisés les bras. Fin juillet, le personnel de cabine belge avait ainsi mené une grève pendant deux jours, touchant 23.000 passagers. C'est cette fois au tour des pilotes d'arrêter le travail en Belgique, en Allemagne, en Irlande, aux Pays-Bas et en Suède. Le personnel de cabine n'a pas été invité à se joindre à l'action, les syndicats estimant qu'il s'est déjà suffisamment exposé avec la grève des 25 et 26 juillet. Il leur est toutefois demandé d'apporter leur soutien lors du sit-in organisé à l'aéroport de Charleroi ce vendredi. Aucun signal n'est encore parvenu de la direction pour répondre aux demandes du personnel. Bien au contraire, elle a même tenté d'étouffer la grève dans l'oeuf aux Pays-Bas en intentant une action en référé, en vain. Si aucune concession n'est opérée, de futures actions ne sont pas à exclure. (

"La grève peut avoir lieu"

La grève européenne des pilotes de la compagnie irlandaise à bas coût Ryanair s'est encore amplifiée jeudi, un tribunal des Pays-Bas ayant autorisé les pilotes néerlandais à participer au mouvement prévu vendredi, qui devrait affecter des milliers de passagers en pleine saison estivale.

"La grève peut avoir lieu", a annoncé le juge Theo Röell devant le tribunal d'Haarlem, près d'Amsterdam, où Ryanair avait introduit une procédure en référé afin d'empêcher les pilotes néerlandais de se joindre au mouvement. Le juge a estimé en substance que Ryanair n'avait pas de raison de s'en prendre singulièrement aux pilotes néerlandais.

Des pilotes Ryanair organisent un sit-in à l'aéroport de Charleroi

Une trentaine de pilotes Ryanair ont rejoint vendredi matin à l'aéroport de Charleroi (BSCA) le sit-in organisé pour dénoncer l'attitude de la direction de la compagnie et son refus d'instaurer un dialogue social. D'autres pilotes et des membres du personnel de cabine sont attendus dans la matinée pour participer à l'action qui coïncide avec une nouvelle journée de grève organisée au sein du personnel de la compagnie irlandaise.

"Nous ne demandons pas d'augmentation salariale, mais l'application des législations nationales dans chaque pays où Ryanair opère, a indiqué un des pilotes présents. C'est une demande légitime." Pour le personnel basé à Charleroi, cette référence à la législation belge signifierait notamment la prise en compte de l'ancienneté et la possibilité d'indemnité de chômage. "Aujourd'hui, on n'y a pas droit comme on dépend de la sécurité sociale irlandaise", a expliqué un pilote. Selon lui, la compagnie est opposée à ce genre de concessions et s'en vante même auprès de ses investisseurs. L'organisation d'un sit-in, le premier du genre pour le personnel de la compagnie basé à Charleroi, marque une évolution, selon Yves Lambot, permanent CNE. "Le tournant dans notre mobilisation? Je crois que ce sont les problèmes de planning que Ryanair nous a amputés à l'automne dernier. On veut véritablement que les choses changent avec l'instauration d'un véritable dialogue social", a indiqué un pilote.

Une grève de 24 heures aux Pays-Bas "coïncide avec les autres grèves en Europe qui auront un impact beaucoup plus important et contre lesquelles aucune action judiciaire n'a été prise", a-t-il expliqué.

Le syndicat des pilotes de ligne néerlandais (VNV) avait annoncé mercredi son intention de rejoindre la grève des pilotes basés en Irlande, en Allemagne, en Suède et en Belgique, tous réclamant "une meilleure protection des droits des salariés".

Au total, plus de 55.000 passagers seront concernés, dont 42.000 pour l'Allemagne, selon la compagnie qui a promis aux voyageurs lésés un changement gratuit de réservation.

Ryanair a précisé jeudi soir que 85% de leurs vols seront assurés. "Plus de 2.000 vols opéreront normalement, transportant près de 400.000 passagers à travers l'Europe", a indiqué la compagnie irlandaise sur Twitter.

"La majorité des clients affectés ont déjà été assignés à un autre vol Ryanair", a-t-elle ajouté.

- Aucun vol annulé aux Pays-Bas -

La grève devrait voir l'annulation d'environ 400 vols, en pleine période de congés.

Cependant, aucun vol au départ ou à destination des Pays-Bas ne sera affecté, a annoncé Ryanair en marge de la décision du tribunal.

"Il n'y aura aucune annulation à la suite de la grève inutile du syndicat des pilotes de ligne néerlandais aux Pays-Bas", a déclaré la compagnie dans un communiqué.

"Ryanair respecte totalement le droit des pilotes néerlandais de faire grève mais demande que le VNV nous notifie sept jours à l'avance afin que nous puissions minimiser les perturbations pour nos clients."

D'après la compagnie, "le VNV cherche délibérément à nuire aux intérêts des passagers" en annonçant leur intention de participer à la grève deux jours avant son commencement.

Un argument réfuté par le syndicat, bien qu'il sera désormais tenu de prévenir Ryanair 72 heures à l'avance en cas de grève.

La décision du tribunal offre néanmoins "toutes les possiblités pour faire grève de manière efficace à l'avenir", a indiqué le VNV dans un communiqué.

"Une interdiction n'est pas raisonnable", avait argumenté le syndicat, qui s'est dit "très heureux" de la décision prise par le juge.

Jochem Croon, l'avocat de Ryanair, a quant à lui insisté sur l'intérêt des passagers impactés par la grève.

"Il ne s'agit pas ici de réfuter le droit de grève des pilotes. C'est un droit fondamental et Ryanair le reconnaît. Il s'agit de protéger les intérêts des vacanciers", a-t-il affirmé.

Selon la télévision publique néerlandaise NOS, les avocats de Ryanair ont choisi d'introduire une procédure judiciaire aux Pays-Bas car "il y avait plus de chance de succès" que dans les autres pays concernés.

En août 2016, le tribunal d'Haarlem, qui a juridiction sur l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol, avait interdit les grèves d'une partie du personnel au sol de la compagnie aérienne néerlandaise KLM, compte tenu de l'affluence en cette période de vacances.

Les actions syndicales ne sont pas aussi courantes aux Pays-Bas que dans des pays voisins européens, "les juges n'hésitant parfois pas à interdire les grèves", selon NOS.