Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a déclaré mercredi que son pays était devenu un Etat nucléaire à part entière avec l'essai de l'ICBM Hwasong-15. Mais les analystes ne sont pas convaincus que le Nord maîtrise la technologie nécessaire pour tirer et guider un missile. Sans parler d'assurer la survie des ogives à leur rentrée dans l'atmosphère depuis l'espace. "Bien que le Nord continue de progresser, notre évaluation n'a pas changé: nous sommes encore à environ une année d'un ICBM capable d'atteindre la côte occidentale du territoire continental des Etats-Unis", a dit le site respecté 38North.

Voici quelques questions suscitées par ce tir et ce que Pyongyang, comme le monde extérieur, en dit.

Portée

PYONGYANG: le Hwasong-15 a atteint une altitude de 4.475 kilomètres avant de s'abîmer à 950 kilomètres du site de lancement. "Le système d'armes de type ICBM Hwasong-15 est (...) capable de frapper la totalité du territoire continental américain".

ANALYSTES: les paramètres laissent entendre que si le missile avait suivi une trajectoire traditionnelle plutôt qu'une trajectoire en cloche, à la verticale, il aurait eu une portée de 13.000 kilomètres, selon David Wright, expert de l'Union of concerned scientists. Un tel engin "aurait un rayon d'action largement suffisant pour atteindre Washington D.C. (la capitale fédérale américaine) et en fait n'importe quelle partie des Etats-Unis continentaux".

Fiabilité

PYONGYANG: le Hwasong-15 peut transporter une "ogive lourde extra-large" jusqu'à sa cible. "Après un vol de 53 minutes dans son orbite prédéterminée, le missile s'est abîmé avec précision sur la cible sélectionnée en mer. La capacité à atteindre des cibles précises en contrôlant la position et en corrigeant la vitesse à mi-parcours, la précision en opération du moteur à forte poussée (...) ont été confirmées". L'engin a été tiré à partir d'un nouveau véhicule à neuf essieux de fabrication maison, plus gros que les véhicules de lancement utilisés jusqu'alors.

ANALYSTES: pour Scott Lafoy, de NKNews, ce véhicule semblait être un tracteur-érecteur capable de transporter le missile et de l'élever en position de tir. "Cela veut dire que le véhicule s'approche d'une infrastructure spécifique, élève le missile, se détache et s'en va", a-t-il dit. Le processus est donc relativement long. "Puisque les Etats-Unis et (la Corée du Sud) sont focalisés sur des réactions rapides et précises, ce facteur sera important en temps de crise". S'agissant de la charge transportée, Pyongyang ayant fait allusion à une tête "lourde" et "extra-large", M. Wright se montre sceptique. "Compte tenu de l'augmentation de la portée, il semble vraisemblable qu'il transportait une tête factice très légère. Si cela se vérifiait, cela signifierait que le missile serait incapable de transporter une tête nucléaire sur une si longue distance, car une telle tête serait beaucoup plus lourde".

Rentrée dans l'atmosphère

PYONGYANG: le Nord a maintes fois déclaré avoir des ogives capables de résister à l'échauffement qui se produit lors de la rentrée dans l'atmosphère terrestre en provenance de l'espace. L'essai de mercredi le confirme: "l'essai a reconfirmé la technologie de contrôle et de stabilisation (...) et la sécurité de l'ogive dans l'environnement de rentrée de l'atmosphère".

ANALYSTES: le nez du missile est arrondi, à la différence du nez pointu des deux ICBM Hwasong-14 testés en juillet, témoignant des efforts pour maîtriser cette technologie. Mais d'après un responsable américain, le Hwasong-15 s'est élevé et est retombé à des angles prononcés. Cela signifie qu'il n'a pas rencontré la même friction que s'il avait suivi un arc plus régulier, à altitude plus basse. Michael Elleman, de l'Institut international des études stratégiques, renchérit: "il faudra de nombreux autres tests pour établir la fiabilité et la performance du missile. On ne sait toujours pas si les ingénieurs nord-coréens ont tenté de valider l'efficacité du véhicule de rentrée dans l'atmosphère du missile".