: Je me souviens d'un seul bruit, sec, claquant. Et de la lumière, en face de moi. Qu'elle est belle ! Un jaune très pâle mais intensément lumineux. Une lumière de bombe atomique. D'emblée, je sais que c'est un attentat. Mes élèves, pétrifiés, ne réagissent pas. Je crie : "Sortez, courez, courez vers la sortie ! C'est un attentat !" Je reviens sur mes pas. Je veux récupérer mon bagage. Il ne contient aucun objet de valeur mais c'est pour le principe : cette valise est à moi. Oui, c'est curieux. Dans un moment comme celui-là, tout est curieux. Ma valise à la main, je me mets enfin à courir, dans un monde de sourds : je n'entends personne crier. Ce n'est sans doute pas le cas. Mais je n'entends rien. Tout va vite. Des voyageurs se précipitent vers les sorties. Lorsque je m'en approche à mon tour, la seconde bombe explose, à quelques mètres de moi, pulvérisant d'un coup la façade de verre. Des morceaux de vitres s'effondrent en pluie. Je passe à travers. J'ai le cuir chevelu entaillé. "Pourquoi aujourd'hui ?". [...]
...