Nous pourrions continuer à singer l' "argumentaire" pondu par la présidente du Cercle des Etudiants Libéraux et le vice-président de la Fédération des Etudiants Libéraux. Nous pourrions continuer, mais nous préférons profiter de cette occasion pour préciser quelques points abordés dans cette carte blanche, qui semblent représentatifs de la droite aujourd'hui.

Tout d'abord, en réponse aux deux personnes susmentionné·e·s, la Zone À Démarbrer et l'Assemblée Libre de l'Université libre de Bruxelles sont ouvertes à tou·te·s. L'Assemblée Libre a communiqué il y a quelque temps ses revendications prioritaires. C'est une zone de libre expression, ce qui veut dire que chaque individu peut venir partager ses idées. Il ne faut donc pas s'étonner si de nombreuses initiatives voient le jour autour de la Zone À Démarbrer. Et chacun·e est invité·e à apporter sa pierre, ou sa pioche, à l'édifice.

De plus, il nous semble important de s'attarder sur quelques critiques assignées à la gauche dans la carte blanche. D'une part, nous n'avons pas honte de lutter contre les injustices à la fois sur les campus et dans la rue au côté des syndicats. D'autre part, l'anarchie n'est pas synonyme de chaos désorganisé, mais propose une société avec une absence d'autorité et de gouvernement : "l'ordre moins le pouvoir". C'est une idée profondément plus constructrice que destructrice, n'en déplaise à certain·e·s. Il semble aussi primordial de souligner que toute la gauche - et le monde qui participe de près ou de loin à la ZAD - ne se veut pas anarchiste, tant s'en faut.

Ce qui nous amène au deuxième point. "La gauche est manichéenne", nous dit-on. Non, la gauche n'a pas de "coupable tout désigné". Au sein même de la gauche, qu'elle soit radicale ou non, subsistent de nombreux débats d'idéologies et de méthodes. C'est d'ailleurs parfois ce qui l'empêche d'agir, et c'est normal. Nous sommes des individus à part entière, capables de penser, et donc susceptibles d'avoir une multitude d'opinions sur différents sujets.

Partant de là, c'est d'ailleurs normal d'avoir "un avis sur tout ou presque". Car l'Histoire est notre histoire et car le monde, ce qu'on y dit, ce qu'on y fait, est politique. Nous devons nous positionner par rapport à ce qui nous semble injuste et inhumain. C'est pourquoi, entre autres, la gauche s'indigne (et parfois plus) du traitement infligé aux êtres humains ayant traversé des milliers de kilomètres, à pied, en train, en bateau, pendant des mois, des violences policières injustifiables et impunies, et des massacres infligés depuis 70 ans au peuple palestinien. Et que l'on n'ose pas comparer la venue d'un politicien d'extrême droite à la venue de Ken Loach, grand défenseur des droits humains, ni antisémite ni négationniste, à l'ULB.

Enfin, il est reproché à la gauche d'avoir le monopole de l'indignation. Eh bien, encore heureux. Si, quand la droite s'indigne, c'est pour pleurer sur une stèle dégradée d'un roi colonial alors que ce même roi est responsable de la mort de millions d'individus, on n'en veut pas. Si, quand la droite s'indigne, c'est pour répandre des informations erronées et mille fois corrigées, on n'en veut pas. Si, enfin, quand la droite s'indigne, c'est pour s'attaquer à des mouvements prônant des valeurs de justice, écologiques, démocratiques, ou tout simplement humaines, alors on n'en veut pas.

Nous, l'Assemblée Libre, occupons la Salle des Marbres de l'ULB depuis plus d'un mois. Cinquante ans après Mai 68, la commémoration s'est transformée en recommencement. L'héritage en étincelle. L'Assemblée Libre a décrété l'université "Zone À Démarbrer". Par cela, elle entend repenser l'institution universitaire et ses pratiques démocratiques ; ouvrir ses portes à toutes et tous ; rattacher notre institution aux luttes sociales.

Voici les revendications pour lesquelles nous nous battons actuellement :

Une maison étudiante autogérée

La Zone À Démarbrer constate qu'un espace autogéré par les étudiant·e·s, sans ingérences des autorités de l'ULB, fait cruellement défaut à la vie politique de l'université. En effet, cette carence empêche la naissance d'un point de ralliement pour les étudiant·e·s qui souhaitent s'organiser, partager, se rencontrer et débattre dans des cadres libres. Pour l'instant, la ZAD fait office de Maison étudiante, et cela fonctionne bien !

Un droit de regard sur notre alimentation

Au terme de cette année académique, le contrat de concession octroyé à la multinationale Sodexo touche à sa fin. Au lieu de reprendre sa cantine en main et mettre un terme à la sous-traitance, l'ULB négocie une nouvelle formule de restauration. Comme pour beaucoup de décisions, le tout est décidé dans un petit groupe sans consultation des personnes directement touchées : les étudiant·e·s et les travailleur·euse·s actuel·le·s de Sodexo. Nous revendiquons une alimentation saine, diversifiée et financièrement accessible. Cela doit passer par une consultation générale avec participation à la prise de décision sur le futur de notre alimentation quotidienne. Un peu de démocratie ne fera pas de mal à l'ULB.

Une réelle participation étudiante

L'année 2018 a été l'occasion pour l'ULB de se revendiquer "engagée", à l'occasion du cinquantenaire des événements de Mai 68. Face à cette stratégie de communication, visant à faire des autorités actuelles les héritières de cet engagement, notre constat est sans appel. En Mai 68, avait été arrachée aux autorités une représentation étudiante, le BEA actuel. Cinquante années plus tard, ce système a montré ses carences, avec une dizaine d'étudiant·e·s véritablement actif·ve·s pour en représenter 24.000 autres. En 2013, avec la Réforme de la gouvernance, nous avons subi une réduction drastique de notre poids dans les instances décisionnelles. Aux antipodes d'une université participative, nous évoluons dans un système de gestion qui se prête à toutes formes de dérives, dont la tentative de la multinationale milliardaire McKinsey de s'infiltrer dans les organes de l'université n'est qu'un symptôme.

Les étudiant·e·s représentant l'écrasante majorité de la communauté universitaire, nous revendiquons un accroissement considérable de notre poids dans les instances décisionnelles, ainsi qu'une augmentation corrélative du poids des corps scientifiques et administratifs. En bref, une université à l'image des membres qui la composent.

Un accueil pérenne des réfugié·e·s

L'ULB vient de se déclarer "université hospitalière" à l'heure où, depuis des années désormais, les divers impérialismes de notre époque ravagent des territoires entiers pour mener à bien leurs desseins. La Zone À Démarbrer a initié une mobilisation politique et sociale à ce sujet, en accueillant dans notre occupation certain·e·s réfugié·e·s contre les rafles de la police, et en s'opposant frontalement à la politique d'extrême-droite du gouvernement fédéral. Nous considérons que notre université se doit d'être exemplaire à tous points de vue. Suite à cette revendication, un accueil a été pris en charge par des étudiant·e·s en collaboration avec la Plateforme Citoyenne, dans les locaux de l'Union des Anciens Etudiants. Un vrai succès d'entre-aide et de solidarité. Après marchandage, les autorités avaient accepté que cet accueil se fasse jusqu'au 1er juin. C'était une bonne décision et nous demandons la pérennisation d'un dispositif par l'ULB, avec une véritable prise en charge de leur part, tant que cela est nécessaire.

L'Assemblée Libre continuera à occuper la Salle des Marbres, désormais "Zone À Démarbrer" tant que ces revendications n'auront pas été prises en compte. Elles nous semblent évidentes et seraient bénéfiques à l'ensemble de la communauté étudiante, ainsi qu'à une ULB engagée...

A bientôt,

Sous le marbre, la plage !

Zone À Démarbrer - Assemblée Libre