Passée inaperçue, cette justification témoigne, une fois encore, de la logique étroite et purement comptable du ministre N-VA. Lequel n'en finit pas d'être aveugle à l'aspect humain ; aveugle aux situations concrètement vécues par nos militaires déployés. Pour lui, pour son parti, seuls comptent les chiffres, les coupes budgétaires et les réductions d'effectifs. Simple variable d'ajustement, l'humain apparaît, pour sa part, comme la énième roue du carrosse N-VA !

Signal d'alarme

Or, cette augmentation des évacuations sanitaires constitue un signal d'alarme qu'on ne saurait traiter avec légèreté. Il nous alerte sur l'état d'épuisement et de lassitude du personnel de la Défense dont le dévouement, le courage et le professionnalisme n'en restent pas moins exemplaires. Force est de reconnaître combien les conditions de travail des femmes et des hommes qui servent sous nos drapeaux se sont dégradées ces dernières années.

En effet, bien que les effectifs diminuent sans cesse, les militaires belges sont toujours plus sollicités sur les terrains d'opérations extérieures. La conséquence, dès lors, est évidente : nos soldats ont moins de temps pour s'entrainer et se préparer ; moins de temps pour se former ; moins de temps, également, pour se ressourcer entre deux missions. Depuis le début de la législature, les jours de préparation opérationnelle (JPO) sont en baisse constante, comme le sont aussi les crédits alloués à l'entrainement - ce qui ne va pas sans poser certains problèmes de déployabilité.

Ces restrictions ont d'inévitables répercussions sur la santé physique et psychologique de nos soldats. Impossible d'ignorer leur désarroi, frustration, abattement face au manque de considération que leur portent les "responsables" politiques en charge de la Défense. Lorsqu'on sait, par ailleurs, que l'expérience d'une jeune recrue se limite, dans bien des cas, à de la surveillance en rue, il n'est pas étonnant que la motivation de nombreux militaires soit aujourd'hui en berne.

Privatisation de la Défense

Ceci étant dit, cette logique comptable et le désintérêt patent pour l'aspect humain se retrouvent dans la dynamique de privatisation qui touche la Défense belge. L'externalisation de certaines tâches jugées secondaires y est présentée, par l'actuel ministre N-VA, comme la voie du salut. Les services de restauration, les activités d'appui et la garde des casernes sont en ligne de mire. L'École royale militaire (ERM) et le Quartier Commandant de Hemptinne à Heverlee font figure, à cet égard, de projets pilotes.

Mais pourquoi vouloir externaliser à tout prix ? Pour préserver le "core business" nous dit-on ! C'est, à mes yeux, bien mal connaître et surtout mal comprendre la Défense nationale. Laquelle, tant s'en faut, ne saurait être abordée comme une entreprise à gérer ! Car c'est d'abord un réservoir de talents pluriels ; un lieu où se transmettent savoirs et compétences ; un espace de recherche et d'innovation ; une partie de notre Histoire et de notre mémoire collective ; un ferment essentiel de notre avenir à tous... Assurément, son dépeçage n'est pas la bonne option.

Une logique communautaire omniprésente et insidieuse

Outre une vision étroite de la Défense, M. Vandeput a du mal à cacher une démarche orientée et nourrie de petits calculs communautaires. Cette fin d'année en a donné un exemple remarquable. En effet, devant la proposition française d'offrir à la Belgique 20 milliards d'euros de compensation au cas où les Rafale viendraient remplacer nos F-16, le ministre N-VA s'est payé le luxe de la juger "trop belle pour être vraie". Quelle désinvolture ! Quel ton péremptoire ! Quel manque d'élégance et de respect à l'égard de nos partenaires français !

Inutile de dire que pour la N-VA les jeux sont faits. Le F-35 américain était choisi d'emblée. Il n'est, semble-t-il, même plus la peine d'y mettre les formes. Dans ces conditions, les partisans d'une Défense européenne n'ont qu'à bien se tenir et à espérer un sursaut du Gouvernement Michel face au travail de sape mené, en son sein et de façon constante, par la N-VA. Pendant ce temps, les autres partis de la majorité se taisent et encaissent les coups dans un élan qu'on pourrait qualifier de masochiste.

Un Bal en sursis

Au reste, j'apprends en dernière minute que le "Bal de l'ERM" est en difficulté et, peut-être, ne pourra pas s'organiser (dans de bonnes conditions, du moins) faute de fonds et suite à l'externalisation de l'HORECA voulue par M. Vandeput !